17 octobre, une commémoration indispensable

Publié le 22 Octobre 2008

 


En 1961, point d'apogée de la guerre d'Algérie, les tensions entre le FLN et la police sont extrêmement fortes, le gouvernement décide un couvre feu à Paris pour la population algérienne. Le 17 octobre, le FLN organise une manifestation pacifique pour protester contre la mesure, qu'il juge abusive. Pour s'assurer que la manifestation sera non-violente, les organisateurs vérifient que les manifestants ne portent aucune arme. Informées de l'événement, les forces de Police, dirigées alors par le préfet Maurice Papon, reçoivent l'ordre de contenir la manifestation par tous les moyens. La nuit du 17 octobre 1961 est un véritable carnage. Des centaines de manifestants sont jetés à la Seine, roués de coups, réunis dans la préfecture de police où bon nombre ont trouvé la mort. Le nombre de manifestants portés disparus est encore aujourd'hui difficile à déterminer. Le gouvernement français n'a jamais officiellement reconnu l'événement et encore moins sa responsabilité dans la tragédie.


La FOL 93 s'attache a perpétuer la mémoire de cet événement et à participer à sa mise en lumière. Cette année, cette commémoration s'est déroulée à la mairie de Blanc-Mesnil le 22 octobre en partenariat avec la ville.

Elle a commencé par le vernissage de l'exposition « Mémoire vive » de la FOL 93, qui redessinne le contexte de l'évènement et ses principaux acteurs. Il a été suivi par un documentaire « 17 octobre, une journée portée disparue » articulé autour de témoignages : des victimes rescapées, des témoins, autant d'éclairages sur une tragédie encore méconnue.

Le débat qui a suivi a été pour les présents l'occasion d'échanger des points de vue et leurs propres souvenirs du 17 octobre. La plupart des personnes qui sont intervenues dans la discussion étaient impliquées directement dans l'évènement. Une femme d'un centre social a évoqué également son contact avec des jeunes français d'origine algériens qui n'avaient jamais vraiment pris connaissance de l'événement.

Le débat était animé par Jean-Luc Einaudi qui a réalisé un travail d'historien sur les faits. Pour avoir écrit dans Le Monde en 1988 « En octobre 1961, il y eut à Paris un massacre perpétré par des forces de police agissant sous les ordres de Maurice Papon », il a été poursuivi en justice par le même Maurice Papon pour diffamation. Il a été relaxé grâce au témoignage de deux fonctionnaires des archives de France qui avaient connaissance de documents prouvant la véracité de la tragédie du 17 octobre.

Un fossé s'est creusé entre la mémoire et l'histoire. D'un coté il y a des individus avec des blessures et des souvenirs et de l'autre, une histoire officielle qui peine à se construire. Commémorer le 17 octobre c'est réintégrer la tragédie dans l'histoire et reconnaître les souvenirs douloureux de chacun, pour que soient plus proches petite et grande histoire. La Fol 93, entend par cette commémoration participer à la construction d'une histoire commune et élaborer de nouvelles conditions du "vivre ensemble".

L'exposition «  mémoire vive » et le documentaire « une journée portée disparue » peut être empruntée en contactant Cecile Sajas àfol93-differences@orange.fr.fol93-differences@orange.fr.


Crédits photos : FOL93

Rédigé par fol 93

Publié dans #Education à la différence

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Le pédagogue 02/10/2015 20:30

Le pédagogue :


Un peu partout, dans Paris et sa région des hommes, des femmes et des enfants marchent.
Pour soutenir la résistance des Indigènes contre le colonialisme français.
Des basanés.
D'habitude, ils passent inaperçus.
Ils quittent rarement leurs réserves et les lieux où ils triment.
Et les voilà subitement en masse.
Comment est-ce possible ?
Comment osent-ils devenir visibles ?
Ils marchent.
Des hommes, des femmes, des enfants.
Depuis combien de temps ?
Quelle distance ont-ils parcouru ?
Pour eux, le temps ne compte pas et ils ne mesurent pas l'espace.
Un immense souffle est en eux.
Le but est dans leur coeur et rien de ce qui est éphémère ne les atteint.
Ce qui doit être sera.
Ils s'approchent de la Seine au rythme de battements tels ceux du coeur de la mère que tout enfant béni garde en lui.
Une marche pleine d’espoir.
On aurait dit l'aurore de la vie.
Un peu partout, des rangs noirs formés par des forces dites de l'ordre.
Par moments, de lourds nuages voilent la clarté du jour.
Mais pour ces êtres qui marchent, le ciel est d'un magnifique éclat et la Seine est radieuse.
Mohammad sourit à sa mère qui lui caresse les cheveux, et serre fort la main de son père.
Les rangs noirs explosent, des véhicules ternes vrombissent.
L'arsenal du maintien de l'ordre se répand en un déversement de haine.
Les marcheurs sont encerclés.
Dans Paris et sa région, plus de douze mille arrestations.
Des camps de détention et de torture.
Des blessés.
Des tués.
Des corps d'hommes, de femmes et d'enfants jetés dans la Seine.
Des moyens dits d'information ont informé :
Des semeurs de désordre, terroristes musulmans, ont été mis hors d’état de nuire.
La liberté.
Taratata.
L’égalité.
Taratata.
La fraternité.
Taratata.
Le ciel infini est bleu.
La Seine coule.
Depuis des années, Mohammad, maintenant grand-père, y vient assez régulièrement.
Il s'arrête, fixe le fleuve et sourit à ses parents, jetés dans la Seine le 17 octobre 1961 (selon le calendrier dit grégorien).