Economie sociale et solidaire - JERF 2014

Publié le 24 Octobre 2014

Actes des journées d’étude
des responsables fédéraux (Jerf)

du 29 au 31 janvier 2014 – Paris

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Avant propos

jerfDans les capitales régionales, à Paris comme à Bruxelles, il est devenu assez compliqué, pour les dirigeants des associations (employeuses au moins), d’éviter de se revendiquer de l’économie sociale et solidaire (ESS). C’est comme si la crise du capitalisme financier avait ouvert un nouvel espace à un autre discours sur l’économie, « une politique économique plus humaine », « offrant un meilleur équilibre entre capital et travail » comme dit Jean Sarkozy, conseiller général du canton de Neuilly-Sud, en charge de l’ESS et de l’Insertion par l’activité économique (IAE).


Forte de son chiffre d’affaires cumulé de 500 millions d’euros et de ses 18 000 salariés, la Ligue de l’enseignement pourrait se contenter de surfer sur la vague. L’enjeu des journées d’étude des responsables fédéraux, consacrées à l’ESS, a consisté, au contraire, à interroger la pertinence de la notion. Que signifie aujourd’hui de se revendiquer
de l’ESS ? Comment la Ligue s’inscrit-elle dans l’ESS ? En quoi cela nourrit-il son projet associatif, son objet social ?

 

Le détour par l’histoire est alors nécessaire. Avec Henry Noguès, on comprend, par un retour en arrière sur les courants de pensée qui ont façonné l’ESS, que cette dernière est tout sauf une notion stabilisée, qu’il suffirait de brandir pour revendiquer une économie alternative. Il en est ainsi, particulièrement, de la relation entre l’ESS et la solidarité nationale. « Au début (du siècle), il s’agissait, sous l’aiguillon de l’économie sociale, de la promotion de droits sociaux nouveaux pour construire une société plus juste. À la fin du siècle, il s’agit plutôt de leur effacement progressif en s’appuyant notamment sur une économie sociale supplétive pour s’accommoder d’une société certainement plus inégalitaire. » Pour l’avenir, trois scenari alternatifs nous sont proposés par l’auteur (voir page 19) : simple adaptation offensive du capitalisme, « nouvel esprit du capitalisme » ou dépassement du modèle capitalistique de la gouvernance, qui donne une priorité absolue aux intérêts des actionnaires ?

 

Les interventions suivantes permettent d’analyser, dans cet esprit, les forces et les faiblesses des trois motifs de fierté des associations lorsqu’il s’agit d’évaluer leur contribution à l’économie : par leur dynamisme en matière de création d’emploi, les associations contribuent au développement économique, en répondant aux besoins de la population dans les territoires.

 

Avec Hugues Vidor et Jean-Louis Laville, on s’aperçoit que la professionnalisation des associations est ambivalente. Elle peut être l’instrument efficace de la réduction de l’association à la seule dimension gestionnaire. Ou un moyen de reconnaître des savoirfaire et des savoir-être développés dans des « métiers », de prendre en compte l’apport des « usagers-citoyens » pour éviter les logiques de guichets, de faire une place à des bénévoles qui rappellent, au  quotidien, qu’au-delà du « projet de service », il y a un « projet associatif » et une ambition de transformation sociale.

 

Thierry Pech nous invite à inscrire notre réflexion dans une approche globale, macroéconomique. Après avoir analysé les limites du marché (qui ne sait pas penser l’avenir ; ne connaît que ce sur quoi il est capable de mettre un prix ; ne sait pas bien produire les biens sociaux ni les biens moraux), il montre les limites de l’économie collaborative ou de
6 Journées d’étude des responsables fédéraux la gratuité. « Le monde de l’immédiat, du contact, du direct, peut être un monde dans lequel on oublie la solidarité de longue portée, avec les gens qu’on ne connaît pas. »

 

Avec la notion de « halo sociétal », Alain Lipietz plaide pour un soutien public particulier à une économie qui « fournit plus de bien-être à la société que de biens vendus ou distribués ». Partant des trois grandes formes de l’économie : le marché, la redistribution et la réciprocité, l’auteur estime que le « service rendu par l’ESS (…) ne peut pas se financer au coup par coup, par le prix de revient plus une marge de profit ».

 

Toutes ces interventions nous auront confortés dans l’idée que se revendiquer de l’ESS consiste, à la fois, à prendre position sur quelques grandes questions économiques et à passer notre propre organisation au crible de quelques principes majeurs. La finalité de l’activité économique se limite-t-elle à la production de richesse marchande ? Qu’en est-il de la recherche de bien-être collectif, d’autonomie et d’indépendance, de solidarité et d’utilité sociale ? Qu’en est-il de la préparation de l’avenir ? L’Homme peut-il être réduit à l’individualisme rationnel et calculateur ? La compétition a-t-elle définitivement balayé la coopération ?

 

Ces débats, qui sont tout sauf théoriques, se posent avec acuité dans toute l’Europe (au moins), comme nous le montrent les interventions de Stephen Barnett et Matthieu de Nanteuil. Ils méritent d’être poursuivis. À ce stade, nous aurons puisé dans ces journées d’étude des responsables fédéraux des arguments pour faire valoir la spécificité de
nos organisations : les associations ne sont pas que des entreprises ; on attend d’elles qu’elles produisent aussi de la mobilisation collective et une expression publique. Tout un programme.


Nadia Bellaoui
Secrétaire nationale déléguée à la jeunesse, à la communication et à la vie associative

Rédigé par FOL 93

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